L’économie de la connaissance : un nouveau paradigme à exploiter

22 Sep 2020Dossier

A l’heure où la place de la data est de plus en plus centrale dans nos entreprises, la valorisation des données et de la connaissance est un sujet qui revient souvent sous le feu des projecteurs. Etat des lieux des enjeux de la valorisation des données dans l’économie de la connaissance par Emmanuel Aldeguer, CEO d’OKP4.

Article initialement publié sur Forbes.fr

Emmanuel Aldeguer, CEO et Co-Founder d’OKP4

Qu’entend-on précisément par valorisation de la connaissance ?

On assiste à l’apparition d’un nouveau paradigme économique : l’économie de la connaissance. Alors que les échanges de biens sont à somme nulle (la transaction qui marque l’échange fait qu’une chose remplace l’autre) les échanges de connaissances sont à sommes positives (la transaction qui marque l’échange de connaissance ne me fait pas perdre cette dernière…). Alors que l’économie des échanges de biens est l’économie du monde fini, on sait aujourd’hui que les ressources nécessaires à la confection des biens de consommation sont finies, l’économie de la connaissance offre, elle, des potentialités infinies. L’échange de connaissances produit une tierce connaissance qui pourra de nouveau être échangée, et ainsi de suite, à l’infini !

Quelle différence faites-vous entre données et connaissances ?

Qu’il s’agisse de données brutes, collectées par la machine ou de données agrégées (ensembles de données combinées entre elles), la donnée est une description élémentaire de la réalité. Isolée, elle n’a pas de valeur, notamment par rapport à son agrégat. C’est une source de coûts (mise à jour, hébergement, sécurisation…) C’est l’agrégation et la contextualisation d’ensemble de données qui leur confèrent de la valeur. Agrégée et contextualisée, la donnée devient alors une information. C’est l’utilisation de cette information qui va permettre de la qualifier et de la valoriser. Cette information va pouvoir devenir une connaissance si elle permet de prendre une décision, d’automatiser des tâches ou bien de porter une innovation.

C’est la connaissance qui est valorisable, qui est source de valeur ajoutée et de profits. Cette connaissance qui pourra, au titre de données agrégées, redevenir une donnée et retrouver la boucle de la connaissance. On revient ici à la potentialité d’infini qu’offre l’économie de la connaissance.

Comment valoriser ses données dans ce nouveau modèle ?

Il faut que les contributeurs soient rétribués au prorata de leur contribution à la création de la connaissance et qu’une garantie leur soit donnée quant au respect de leur consentement. Il est important ici de signaler que la notion de consentement dépasse la notion de propriété des privée des données. Il s’agit plus ici une notion de propriété d’usage. Que va-t-il être fait des données que j’ai produites en utilisant telle ou telle application et suis-je en accord avec les usages qui seront fait de mes données ?

Ainsi ce ne sont pas mes données qui sont exploitées sur mon dos, mais bien moi qui suis rétribué en tant que contributeur à la création de connaissances valorisées.

Est-ce que cette valorisation des données peut se faire en respectant les différents règlements sur la protection des données (RGPD, Privacy Act, etc.)

Les technologies actuelles de cryptographie permettent aux données de contribuer à la création de connaissance sans pour autant être partagées de façon ouverte. Ainsi on peut créer de la valeur à partir de données privées, voire même confidentielles, tout en garantissant le respect de cette confidentialité.

La valorisation des données constitue donc un marché d’avenir ?

Il est déjà actuel. Si on repense à l’émergence de l’Internet en 1992, force est de reconnaître qu’on ne comprenait pas bien ses enjeux ni vraiment son utilité immédiate. Le lancement du protocole Bitcoin et de l’avènement des technologies dites blockchains marquent le début de la deuxième révolution d’Internet  : l’avènement de l’Internet de la valeur…

Il répond à la problématique du transfert de valeurs digitalisées de manière sécurisée (en résolvant la contrainte de la double dépense). Le phénomène s’inscrit dans la continuité d’Internet et repose sur une innovation technologique structurelle en apportant une réponse technique à un problème socio-économique : le besoin de tiers de confiance pour intermédier des transactions digitales. La technologie permet de diluer le besoin de tiers de confiances en le répartissant dans un réseau d’ordinateurs connectés entre eux.

Le seul coût de la confiance est alors celui de l’entretien et de la maintenance du protocole, créant ainsi une économie du bien commun de la confiance. Il s’agit d’une révolution qui s’inscrit dans la continuité de l’évolution des techniques, mais elle est aussi en rupture totale avec le passé puisqu’elle induit dans son essence une décentralisation à grande échelle. Le commerce de la connaissance est en train de naître…

Qu’est-ce qui va changer ?

Le commerce et l’économie reposent sur de nouvelles chaînes de valeurs. Prenons l’exemple du secteur agricole, un des domaines dans lequel opère OKP4. Les principaux cahiers des charges (Agriculture Biologique, CRC, Lu Harmony, etc.) sont basés sur des obligations de moyens et non de résultats. Avec OKP4 et la valorisation de la connaissance, on va pouvoir passer à des obligations de résultats, basées sur des indicateurs objectifs. De l’agriculteur jusqu’au fabricant, on pourra garantir comment la baguette du boulanger a été fabriquée ; avec de la farine sans résidus pesticides. Ces données sont très importantes aussi pour les boulangeries artisanales, qu’industrielles pour informer leurs clients.

Ces mécanismes vont également pouvoir entrainer les différents acteurs de ces filières vers des process plus vertueux (moindres émissions de CO2, limitation des produits phytosanitaires, etc.) et la valeur ajoutée créée pourra alors être redistribuée automatiquement aux différents acteurs, de l’agriculteur au boulanger.

Quelles sont les missions d’OPK4 ?

Nous mettons techniquement en œuvre un protocole basé sur la technologie blockchain et les smart-contracts qui permet de gérer le consentement et la valorisation de la donnée en connaissance en garantissant la rétribution des différents contributeurs.

Nous visons à établir un cadre de confiance le plus large possible pour faciliter et favoriser les échanges de connaissance. Nous avons décidé de créer Open Knowledge Platform For (OKP4) car nous croyons au paradigme de l’économie de la connaissance :

  • Une économie fondée sur le cadre d’échange le plus large possible
  • Une économie à somme positive où 1+1=3
  • Une économie circulaire à croissance infinie

Nous avons choisi une démarche de développement sectorielle. Et nous commençons avec l’agriculture pour d’une part faciliter le développement de la connaissance entre les différents opérateurs du monde agricole, tout en permettant aux contributeurs et notamment les agriculteurs d’avoir la main sur le consentement de leurs données ; et d’autre part organiser une rétribution par ruissellement de l’ensemble des contributeurs et ainsi permettre de créer de nouvelles sources de revenus pour les agriculteurs.

Les principes de tokenomics de OKP4 mettent en œuvre un mécanisme d’incitation, permettant de maximiser l’alignement d’intérêts entre les acteurs des filières et des territoires.

Plus les agriculteurs contribuent à l’enrichissement de leurs données de pratiques, plus ils sont rétribués.

Quelles sont les valeurs d’OKP4 ?

Sans aucun doute la résilience. En effet, la plateforme OKP4 met en oeuvre un protocole qui possède une grande résilience aussi bien sur le plan économique, sur le plan énergétique que sur le plan de la sécurité des données.

Le protocole OKP4 est open source, on peut donc aussi mettre en avant l’ouverture. Pour développer la connaissance, il est nécessaire de s’ouvrir pour avoir accès au plus grand nombre de données.

Enfin, on parlera de partage, car la capacité à créer de nouvelles chaînes de valeur repose avant tout sur un partage des données et des connaissances

Quelle est votre vision de l’avenir ?

La valorisation des données est le secteur d’avenir. Il faut comprendre que demain, il n’y aura plus un seul objet qui ne sera pas connecté. Il faudra être en capacité de gérer les grandes quantités de données produites, de les valoriser en connaissance, de rétribuer leurs contributeurs et d’assurer le respect de leurs consentements. Un vrai challenge sur lequel OKP4 travaille depuis déjà deux ans !